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Zoom : Alexandre Astier : un homme qui sait tout faire (ou presque)

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Alexandre Astier : un homme qui sait tout faire (ou presque)

«"Dans la vie, je préfère fabriquer, pas faire fabriquer." »

Le tandem Japan Expo/Comic Con nous a offert en Juillet l’opportunité d’assister à la « Masterclass Alexandre Astier », un terme un rien alambiqué pour désigner une conférence donnée par la célèbre star de Kaamelot et animée par deux présentateurs sur les tenants et les aboutissants de son travail.  C'est donc dans l'un des énormes hangar du Comic Con que nous avons bravé vaillamment la foule qui courrait - littéralement - pour prendre les meilleures places, afin de rencontrer ce grand monsieur et de vous rapporter quelques nouvelles croustillantes.

Les différentes phases de la création d’un épisode de Kaamelot ont été abordées chronologiquement : l’écriture, la réalisation, le jeu d’acteur, puis enfin la composition (car oui, M. Astier s’occupe de tout, du scénario jusqu’à la musique !). Pour clôturer cette rencontre, le public a pu poser quelques questions, de la plus sérieuse à la plus fantaisiste.

Visiblement heureux d'être là :D © Meredyth


L’introduction de cette masterclass a mis d’office les pieds dans le plat quant à la capacité presque surnaturelle d’Astier à tout faire à la fois. Il expliqua qu’il est plutôt difficile de tout organiser au niveau de la production, puisqu’en temps normal le projet passe plutôt de main en main. Cependant, Astier ne considère pas qu’il change de casquette à chaque nouvelle étape, mais plutôt qu’il fait un seul et même métier où tout se croise. Explications.

L’écrivain


Comme vous le savez peut-être, une saison de Kaamelot fait environ 6h, quel que soit son format, et les dialogues ont une place très importante dans cette production. La méthode d’écriture du scénario diffère-t’elle suivant la durée d’un épisode ? Pas tant que cela, d’après Astier. Néanmoins, le découpage des épisodes diffusés en une soirée doit avoir une cohérence interne, comprise dans la logique de l’ensemble. Il faut faire par exemple attention au cliffhanger du dernier épisode diffusé de la soirée afin de donner envie aux téléspectateurs de poursuivre l'aventure la semaine d'après. Le problème majeur étant lorsque la chaîne diffuse Kaamelot autrement que ce qui était prévu, ce qui engendre du coup un remontage des épisodes afin de « coller » à cette idée de cohérence.

Mais bien au-delà de ce souci de cohérence, l’écriture d’un épisode se fait aussi en fonction des acteurs. Astier a expliqué qu’il ne voulait pas écrire pour un personnage-cliché qui pourrait être joué par n’importe qui (le courageux, la godiche de service, le pleutre…), mais bien pour un acteur spécifique. Premièrement parce qu’il veut que les acteurs soient séduits par ses textes, et deuxièmement parce que réduire les personnages à des « clichés » de caractères que tout le monde connait, c’est se priver d’un effet de surprise par rapport au public lorsqu'un personnage fait quelque chose d'inattendu. Les héros de Kaamelot doivent pouvoir parler pour ne rien dire, dire des choses qui n’ont rien à voir avec le sujet. Bref : être vivants.

Le réalisateur


Bien que le format de base de Kaamelot était une shortcom, Astier nous a confié que pour lui cela avait toujours été une réalisation type « cinéma ». Il n’a jamais voulu faire spécifiquement un format court, mais il a dû cependant se contenter au début des créneaux disponibles sur la chaîne qui proposait de diffuser son travail. Cette envie se remarque pourtant à travers plusieurs variétés de plans, et un soin tout particulier apporté aux décors et aux costumes. Le succès de la série aidant, on voit apparaître de plus en plus de plans utilisés habituellement dans le cinéma : travelling, mouvements de grue… le langage filmé fait ainsi son apparition dans la série.

Au-delà de la technique, Astier nous a expliqué que bien qu’étant une comédie, Kaamelot devait donner l’impression lorsque le son est coupé que l’on a affaire à un vrai film et non à une scène humoristique. Le principe de comédie sérieuse, difficile à assimiler en France ? Probable, car Astier se souvient encore des premières photos promotionnelles où les acteurs étaient forcés par les photographes de faire des grimaces pour aller avec l’image de « comédie » attribuée à Kaamelot. Ceci jusqu’à l’arrivée d’Astier sur les lieux qui n'a pas DU TOUT apprécié. Vous n’avez d’ailleurs jamais vu ces photos :)

L'acteur


Allons droit au but : Astier avouera sans détour qu’il s’est attribué le rôle du héros dès le début, pour la simple (et bonne) raison qu’il a mis en tant que scénariste beaucoup de lui dans ce personnage. Pouvoir jouer dans son propre projet permet-il d’avoir plus de contrôle sur les évènements ? Oui, car selon Astier cela permet de ne rien laisser passer et de ne pas devoir utiliser plusieurs intermédiaires pour faire partager une idée ou un doute. De plus, il estime que la meilleure place pour contrôler un acteur, c'est tout simplement de jouer avec lui. Enfin, cela permet également d’éviter les soucis de cohérence au sein de la série. 

Croquis réalisé par la talentueuse @Calirezo

Mais que se passe-t’il lorsqu’Alexandre Astier joue chez les autres ? Comment choisit-il ses rôles ? Nous avons appris au cours de cette masterclass qu’il s’en est fallu de peu pour qu’Astier décide de ne plus jouer que pour ses propres réalisations, car cumuler toutes ses responsabilités et jouer sur un autre film à la fois est très contraignant pour suivre l’avancement de ses projets et respecter le timing imposé. Néanmoins, il avouera que cela lui apporte un certain exotisme et le dépayse beaucoup de se contenter de s’asseoir sur une chaise et attendre que l’on ait besoin de lui pour une prise.

Du coup, voici un petit conseil à ceux qui aimeraient lui envoyer un scénario : pas de personnage à la roi Arthur, offrez-lui plutôt du challenge dans un rôle qui change de ce qu’il a déjà fait et qui est écrit sur mesure.

Le compositeur


Je dois avouer que je suis tombée un peu sur le *bip* quand j’ai appris qu’Astier était avant tout un musicien, qui avait pris des cours de musique avant même de prendre des cours de théâtre. Ce qui est amusant, c'est que là où nous voyons avant tout un (sacré bon) acteur, Astier se voit plutôt en premier lieu comme un compositeur. Afin de ne pas s'éloigner de sa passion première, c'est tout naturellement qu'il s'est tourné vers les films, qui sont selon lui le meilleur support moderne pour faire de la musique "classique". Par exemple, toutes les musiques de Kaamelot sont signées de sa propre main. Et si elles semblent si différentes au fil des saisons, c'est qu'Astier déteste re-exploiter ce qui a déjà été fait, et cherche sans cesse à se renouveler. 

Et les autres projets ?


Au cours de cette masterclass, Astier a régalé ses fans en annonçant officiellement un nouveau gros projet en cours, toujours dans la veine de l'histoire de Kaamelot, plus quelques petits bonus.

[Attention, spoiler sur la fin de la saison 6]

Ce nouveau projet s'insère juste après la dernière saison qui se termine sur la prise de pouvoir de Lancelot, qui brûle la Table Ronde. Imaginez une Karmélide en proie à un Lancelot tyrannique, démilitarisée et surveillée de (très) près par l'Armée Blanche chargée entre autre de veiller à l'application d'un couvre-feu et d'une interdiction de se réunir à plus de huit, et où les protagonistes principaux de Kaamelot se voient obligés de développer une certaine forme de "résistance".

  • Sobrement appelé "Kaamelot Résistance", ce projet devait initialement être seulement le premier acte du premier film Kaamelot. Mais la symbolique de l'occupation a tellement plu à Alexandre Astier qu'il a décidé d'en faire un projet à part entière dont vous pouvez voir le logo ci-contre, probablement sous forme d'une série de nouvelles et peut-être d'une version filmée (dont le dossier serait, paraît-il, en cours d'élaboration pour être proposé à M6). Pour être tenu au courant de l'évolution des choses, le mieux est encore de vous rendre sur le Twitter d'Alexandre Astier ou sur le site officiel de la série :)

  • Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, il a aussi annoncé le 7ème album de la série des Kaamelot (qu'il écrit lui-même également), intitulé "Contre-attaque en Karmélide", et qui devrait sortir vers fin Octobre 2012.

  • Enfin, les fans de Davy Mourier et Monsieur Poulpe (Une Case en Moins, Nerdz, The Golden Show, J'irais loler sur vos tombes etc...) seront heureux d'apprendre qu'Astier a annoncé vouloir les produire ;)

Le mot de la fin


Après une série de questions-réponses, où l'on a appris par exemple qu'Astier était un fan de métal et que sa mère cuisinait très mal, il m'en reste une qui reste sans réponse : existe-t'il une seule chose qu'Astier ne sait pas faire ? En tout cas, on peut dire qu'il a réussi à donner vie à un univers qui rassemble des millions de fans, et ça, ce n'est pas donné à tout le monde. Un grand bravo au Roi de Bretagne, et un grand merci à Japan Expo-Comic Con pour nous avoir proposé cette masterclass.

Crédits photos : Meredyth pour Mondes Persistants
Crédits croquis : Calirezo, avec son aimable permission


Meredyth


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